Acoustique des open spaces : le guide complet du prescripteur
Le bruit est la première source d’insatisfaction dans les bureaux ouverts. Avant le manque d’espace ou la température, c’est le brouhaha (conversations, appels, sonneries) qui dégrade la concentration et fatigue les équipes. Pourtant, l’acoustique reste trop souvent traitée en dernier, une fois le mobilier posé et les cloisons montées, quand les marges de manœuvre se sont déjà refermées.
Ce guide s’adresse aux prescripteurs et chefs de projet qui veulent reprendre la main sur le sujet : comprendre d’où vient le problème, parler le même langage que les acousticiens, et savoir quels leviers actionner, dans quel ordre, pour un budget maîtrisé. Vous y trouverez la méthode que nous appliquons au bureau d’études IDEA&KO sur chaque projet acoustique open space.


Sommaire
Pourquoi le bruit pose autant problème en open space
L’open space concentre, sur une même surface, des activités aux besoins sonores contradictoires : un commercial au téléphone, un développeur en concentration profonde, une réunion improvisée à trois. Chacune génère ou subit du bruit, et c’est cette cohabitation (plus que le niveau sonore brut) qui crée la gêne.
Le coupable principal n’est pas le volume, mais l’intelligibilité de la parole. Une conversation que l’on comprend distinctement à dix mètres capte l’attention malgré soi : le cerveau ne peut pas l’ignorer. C’est ce qu’on appelle la distraction cognitive. Réduire le bruit en open space, ce n’est donc pas faire le silence, c’est rendre les conversations voisines inintelligibles pour qu’elles deviennent un fond neutre.
Trois phénomènes physiques entrent en jeu :
- La réverbération : le son rebondit sur les surfaces dures (vitres, plafonds lisses, sols durs) et se prolonge. Plus un plateau « résonne », plus la parole voyage loin.
- La propagation : sans obstacle ni absorption, une voix franchit tout le plateau. C’est l’absence de décroissance du son avec la distance.
- Le bruit de fond : la climatisation, les équipements, le trafic extérieur. Un bruit de fond maîtrisé masque légèrement les conversations ; mal réglé, il s’ajoute à la fatigue.
À retenir : on ne traite pas un open space en cherchant le silence absolu. On cherche à faire décroître la parole avec la distance, pour que chaque zone retrouve son intimité sonore.


Le cadre normatif : ce que disent (et ne disent pas) les normes
Première surprise pour beaucoup de chefs de projet : il n’existe aucune obligation réglementaire de confort acoustique dans les bureaux tertiaires. Le Code du travail encadre l’exposition au bruit pour protéger l’audition (autour de 80-85 dB(A)), mais ne dit rien du confort nécessaire au travail intellectuel. (Voir le cadre Code du travail / INRS)
Ce sont des normes volontaires qui fournissent les cibles chiffrées. Elles sont essentielles à connaître, car elles structurent les appels d’offres et les certifications (HQE, WELL, BREEAM).
| Norme | Ce qu’elle couvre | Ce qu’elle apporte au prescripteur |
|---|---|---|
| NF S31-080 | Bureaux et espaces associés | Trois niveaux de performance par type d’espace : Courant, Performant, Très performant |
| NF S31-199 | Spécifiques aux open spaces | Ajoute l’isolement poste-à-poste et le traitement par zones d’activité |
| ISO 22955 | Qualité acoustique des bureaux ouverts | Cibles de réverbération et de décroissance spatiale (référence internationale) |
| ISO 3382-3 | Méthodes de mesure en open space | Indicateurs spécifiques : distance de distraction, décroissance spatiale |
La logique de toutes ces normes est la même : définir un niveau d’ambition (du confort standard au confort de grande qualité) puis le traduire en valeurs mesurables. Le rôle du bureau d’études est précisément de transformer un objectif flou (« on veut que ce soit plus calme ») en cibles vérifiables.
Sources de référence pour aller plus loin : fiche NF S31-080 sur la boutique AFNOR et documentation acoustique de l’INRS.

Les 4 indicateurs à connaître pour parler le même langage
Vous n’avez pas besoin d’être acousticien, mais maîtriser quatre indicateurs vous permet de lire un rapport d’étude et d’arbitrer en connaissance de cause.
Le temps de réverbération (TR)
C’est la durée nécessaire pour qu’un son décroisse de 60 dB après l’arrêt de la source. C’est l’indicateur le plus importanten open space. L’ISO 22955 recommande un TR inférieur à 0,5 seconde dans les zones de travail. En dessous de 0,4 s, le plateau devient « mat » et inconfortable ; au-dessus de 0,6 s, la parole se propage et la fatigue s’installe.
La décroissance spatiale (D2,S et DA,S)
Elle mesure de combien le niveau sonore baisse chaque fois que l’on double la distance à la source. Plus la décroissance est forte, plus une voix « s’éteint » vite en s’éloignant. C’est l’indicateur clé du confort entre postes voisins.
L’isolement (Dn,T,A)
Il quantifie l’isolation entre deux espaces séparés (une salle de réunion et le plateau, par exemple). C’est l’indicateur de la confidentialité : il conditionne le choix entre une simple cloisonnette et une véritable cabine fermée.
Le bruit de fond (LAeq)
Le niveau sonore moyen en fonctionnement normal, hors conversations. Un bruit de fond trop faible rend chaque chuchotement audible ; trop fort, il fatigue. Le bon réglage de la CVC fait partie intégrante du confort acoustique.
Le réflexe prescripteur : demandez toujours que les objectifs soient exprimés en valeurs chiffrées (TR par bande de fréquence, Dn,T,A par séparation, LAeq). Un projet « qui vise le confort » sans chiffres n’est pas pilotable.
La méthode : absorber, isoler, masquer (dans cet ordre)
L’erreur la plus fréquente consiste à empiler des solutions au hasard (quelques panneaux ici, une cabine là) sans hiérarchie. Or les trois familles de traitement répondent à des problèmes différents et s’actionnent dans un ordre précis.
1 – Absorber : la base de tout
L’absorption réduit la réverbération en « avalant » le son au lieu de le renvoyer. C’est le socle : sans elle, aucune autre solution n’est efficace. Les leviers, du plus puissant au plus ponctuel :
- Les revêtements muraux absorbants : utiles sur les grandes surfaces vitrées ou les murs nus qui renvoient le son.
- Le plafond acoustique : c’est la plus grande surface disponible et donc le levier le plus rentable. On vise des dalles de classe A (αw ≥ 0,9) sur la majorité de la surface.
- Les panneaux et suspensions acoustiques : baffles, îlots et nuages suspendus traitent les plateaux dont le plafond ne peut pas être modifié.
2 – Isoler : protéger ce qui doit l’être
Une fois la réverbération maîtrisée, on traite la confidentialité et la séparation des usages :
- Les cloisons acoustiques délimitent des zones sans fermer complètement l’espace.
- Les cabines et pods acoustiques créent des bulles fermées pour les appels, les visios et les échanges confidentiels, sans travaux de cloisonnement lourds.
- Les fauteuils et alcôves acoustiques offrent un repli semi-fermé pour deux à quatre personnes, idéal pour les réunions spontanées.
3 – Masquer : en complément, jamais seul
Le masquage sonore diffuse un bruit de fond neutre et calibré qui réduit l’intelligibilité des conversations résiduelles. C’est un complément utile une fois l’absorption traitée, jamais une solution de premier recours. Posé sur un plateau réverbérant, il ne fait qu’ajouter du bruit au bruit.

La règle d’or : un euro investi dans l’absorption avant d’investir dans l’isolement. Un plateau correctement absorbé avec peu de cabines surpasse toujours un plateau réverbérant truffé de cabines.
Traiter par zones : la clé d’un open space qui fonctionne
Un open space réussi n’est pas uniformément calme : c’est un espace zoné, où chaque secteur correspond à un usage et à un niveau sonore assumé. C’est le principe du zoning acoustique.
- Zones de concentration : silencieuses, éloignées des circulations, fortement absorbantes. Aucun téléphone.
- Zones collaboratives : on y parle, on y échange ; on les regroupe et on les sépare des zones calmes par des cloisons ou des alcôves.
- Zones d’appel et de visio : cabines et phone boxes, placées près des secteurs à forte sollicitation téléphonique.
- Zones de passage et de pause : par nature bruyantes, à éloigner des postes de concentration.
Ce travail de répartition se fait en amont, sur le plan, au moment de la conception 2D/3D. C’est là que se joue 80 % du confort final : aucun panneau acoustique ne rattrapera une salle de réunion ouverte collée à une zone de concentration. Découvrez comment nous structurons ces plateaux dans nos aménagements d’espaces de travail.
Combien ça coûte, et par où commencer
Le budget acoustique dépend de l’état du plateau et du niveau d’ambition visé. Quelques repères de méthode plutôt que de prix (très variables) :
- Commencez par un diagnostic. Mesurer le TR, identifier les zones les plus gênées et identifier les sons directs des sons indirects évite de dépenser au mauvais endroit. C’est l’étape la plus rentable.
- Priorisez le plafond. C’est le meilleur rapport surface/efficacité pour traiter la réverbération. Si le plafond est déjà absorbant, passez aux suspensions et aux panneaux muraux.
- Phasez selon l’usage. Traitez d’abord les zones de concentration et les fonctions à forte gêne, réduisez les sons directs puis complétez. Un projet phasé reste maîtrisable budgétairement.
- Pensez réversibilité en site occupé. Baffles suspendus, cloisonnettes, fauteuils et cabines autoportantes se posent sans interrompre l’activité.
Pour un chiffrage adapté à votre plateau, le plus simple reste de partir de vos plans et de vos effectifs : c’est ce que nous faisons en phase d’étude avant toute proposition. Parlons de votre projet.
En résumé
L’acoustique d’un open space ne se règle pas en ajoutant des panneaux au hasard. Elle se conçoit : on définit un niveau d’ambition à partir des normes (NF S31-080, NF S31-199, ISO 22955), on le traduit en indicateurs mesurables (TR, décroissance spatiale, isolement, bruit de fond), puis on actionne les leviers dans l’ordre (absorber, isoler, masquer) en raisonnant par zones d’usage. C’est cette méthode, posée dès la conception, qui distingue un plateau où l’on s’entend penser d’un plateau que l’on fuit.
Le sujet vous concerne aussi en restauration, en accueil ou dans vos salles de réunion : explorez nos solutions acoustiquesou échangeons sur votre projet via notre bureau d’études intégré.
Un projet d’aménagement d’espaces ?
Notre bureau d’études vous répond sous 48h, sans engagement. De la première esquisse à la livraison clé en main.
